Article spécial : Orthopride

Postée le 04 juillet 2026

« Hold-up » sur Orthopride : la confiance des chirurgiens orthopédistes mise à mal

01 juillet 2026 par P.S/PM

Le transfert unilatéral du registre belge des prothèses de hanche et de genou Orthopride vers Health Data, l'entrepôt de données de Sciensano, a profondément ébranlé la confiance de la communauté orthopédique. Selon le Pr Jan Victor (UZ Gent - BVOT), cette décision a privé les chirurgiens de l'accès aux données qui leur permettaient d'assurer la traçabilité des implants, leur surveillance et l'évaluation de la qualité des soins. Les orthopédistes plaident pour un rétablissement du dialogue avec les autorités afin de préserver la qualité des soins et la recherche scientifique.

Créé en 2009 avec le soutien de l'INAMI, Orthopride était présenté comme un modèle de collaboration entre les autorités et la communauté orthopédique. Fondé sur un « gentlemen's agreement », le registre a progressivement été développé jusqu'à couvrir, en 2015, la quasi-totalité des interventions de prothèses de hanche et de genou réalisées en Belgique.

Jusqu'en 2022, les chirurgiens orthopédistes publiaient chaque année un rapport basé sur leurs propres analyses d'extractions anonymisées de données concernant les patients, les interventions et les pharmacies. Ces résultats étaient également présentés annuellement à la cellule Qermid de l'INAMI.

Poule Pr Jan Victor, tout a changé au début de 2023 avec le transfert du registre vers Health Data. Cette décision, prise sans concertation avec la communauté orthopédique, a été vécue par certains comme un véritable « hold-up », les chirurgiens se retrouvant exclus de la gestion du registre.

Avec des conséquences majeures selon le Pr Victor et la Société belge d'orthopédie et de traumatologie (BVOT. Les chirurgiens ne peuvent plus vérifier directement quel implant a été posé chez un patient déterminé, compromettant ainsi la traçabilité. La surveillance active des prothèses est devenue pratiquement impossible en raison des procédures administratives nécessaires pour accéder aux données hébergées sur les serveurs de Health Data. Le contrôle qualité entre pairs s'est également trouvé fortement affaibli faute d'accès direct aux données.

La migration du registre aurait en outre été marquée par plusieurs problèmes techniques. Le recours à d'anciens fichiers CSV aurait notamment entraîné des erreurs manifestes, comme l'enregistrement de prothèses de genou chez des enfants âgés de 0 à 9 ans à la suite d'une inversion de dates.

Pour le Pr Victor, cette rupture de confiance réduit la capacité des orthopédistes à piloter eux-mêmes la qualité des soins. Il se dit également préoccupé par l'accès du Collège intermutualiste (CIM) aux données du registre. Selon lui, la présence des mutualités sur le marché des assurances commerciales crée un risque de conflit d'intérêts entre leur rôle d'assureur et celui d'analyste des données.

Le professeur met également en garde contre la publication de données brutes sans contextualisation dans une « société de faible confiance » comme la Belgique. Il rappelle que les résultats dépendent notamment de la complexité des patients pris en charge. Un hôpital universitaire traitant davantage de cas complexes peut ainsi apparaître moins performant qu'un établissement sélectionnant des patients à moindre risque. Une évaluation reposant uniquement sur des chiffres bruts pourrait, selon lui, inciter certains médecins ou hôpitaux à éviter les patients les plus complexes afin de préserver leurs statistiques.

Cette question revêt une importance particulière alors que l'INAMI demande actuellement des explications sur les importantes variations de pratique observées pour plusieurs interventions orthopédiques, notamment les sutures de la coiffe des rotateurs, le traitement du syndrome du canal carpien, les fractures de l'avant-bras et les prothèses totales du genou. Pour le Pr Victor et la BVOT, ces variations ne peuvent être interprétées correctement sans accès aux données permettant des analyses approfondies. Outre les différences de pratiques, elles peuvent également s'expliquer par l'âge, le statut socio-économique, l'origine ethnique, le niveau de formation, les différences régionales d'emploi, l'accès aux soins ou encore d'autres facteurs démographiques.

Les orthopédistes plaident dès lors pour un rétablissement du dialogue avec les autorités sur la base d'une confiance mutuelle, autour d'un registre au service des patients et de la recherche scientifique. Ils citent le modèle australien comme exemple d'une gouvernance associant pleinement les cliniciens. Une extension d'Orthopride à d'autres interventions orthopédiques est envisagée, mais uniquement une fois les conditions de gouvernance clairement définies.

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